Discours de Jacques Bompard dans le cadre du colloque Civitas à Nice


Constitution européenne et laïcité.

Le sujet que vous m'avez demandé de traiter avec vous aujourd'hui n'est pas un sujet facile car la question de la laïcité n'est pas directement évoqué dans le projet de traité constitutionnel qui va être soumis aux suffrages des Français, le 29 mai prochain. Cette constitution est d'ailleurs très différente de celles que nous connaissons le mieux et, notamment, celle de 1958 fondant la Vème République.
Le projet de Constitution européenne ne contient pas que des données institutionnelles et des déclarations de droits mais elle définit aussi, dans le détail, les buts et objectifs économiques, financiers ou commerciaux de l'Union européenne.
C'est donc pour cela que mon exposé se basera sur les quelques articles du projet constitutionnel qui touchent indirectement à la question de la laïcité mais je me permettrai également d'étendre ma réflexion à des faits et à des événements qui montrent quelle est la position de l'Europe confédérale et de ses dirigeants par rapport à notre identité et à notre passé chrétien car au delà de la question de la laïcité, c'est cela évidemment qui nous importe.

I) Etude du projet de Constitution européenne dans le texte

Article II-80§1 : "Est interdite toute discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou tout autre opinion, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l'âge ou l'orientation sexuelle".

Avec un texte comme cela, et si la Constitution est acceptée par les peuples européens, nous sommes habillés pour l'hiver… On se demande quelle discrimination nos constituants ont-ils pu oublier dans cette liste impressionnante ?
Ce texte nous annonce que la pression des policiers de la pensée n'est pas près de retomber dans nos pays. Dans quelques années, la simple constatation selon laquelle " une famille est composée d'un papa, d'une maman et des enfants " risque de tomber sous le coup de la loi pour discrimination anti-homosexuel. Et par conséquent la doctrine de l'Eglise en matière de famille, fondée sur la loi naturelle, risque d'être réprimée sur le fondement de ce texte éminemment liberticide. Nous verrons plus loin que le Parlement européen et la Commission de Bruxelles ont d'ores et déjà anticipé les effets de cet article, dans l'affaire Buttiglione.
En revanche, la répression contre la discrimination selon les opinions politiques risque, elle, de connaître quelques exceptions en vertu du vieux principe révolutionnaire que vous connaissez : "pas de liberté pour les ennemis de la liberté!".

Article II-70§1 : "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites".

Cet article est le plus intéressant en ce qui concerne le sujet de l'exposé. Permettez-moi donc de m'y attarder et de l'étudier dans le détail en le décortiquant phrase par phrase.

- "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion"
Rien d'original dans cette première phrase de l'article. C'est la ritournelle de toutes les déclarations de droits depuis la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen de 1789 (je passe sur le Bill of Right de nos voisins anglais). Je remarque tout de même que plus on a affirmé ce principe de liberté religieuse dans les textes, plus on l'a bafoué. Ce sont les partisans de la liberté qui, par exemple, chez moi à Orange, ont guillotiné 34 religieux et religieuses en 1794, en haine de leur foi. C'est sous l'égide des principes maçonniques de 1789 que le Petit Père Combes et les radicaux de la IIIème République ont persécuté les congrégations religieuses et les Catholiques français.

- "Ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction"
Soyez tranquilles bonnes gens, le droit et la possibilité de changer de conviction et donc d'avis sera constitutionnellement garanti ! Vous pourrez sans crainte et sous la protection de la Cour de Justice des Communautés Européennes changer d'avis comme de chemise, en matière politique, syndicale, sur la qualité de la viande de votre boucher ou sur les talents de cuisinière de votre épouse.
Plus intéressante pour nous est l'affirmation selon laquelle la Constitution protège le droit de changer de religion. Si ma mémoire est bonne, au moins depuis fort longtemps, plus personne n'a été persécuté en France parce qu'il désirait changer de religion. Et ce doit être la même chose chez l'ensemble de nos voisins d'Europe occidentale. Mais alors, les auteurs du texte constitutionnel enfoncent-ils des porte ouvertes ? Pas vraiment pour qui sait lire entre les lignes. Cet article trahit la volonté profonde qui motive ses rédacteurs et les dirigeants européens en général.
Dans quels pays le fait de changer de religion est-il sévèrement puni et, même, le plus souvent, puni de mort ? Dans quelle tradition religieuse, lorsqu'une fille épouse un homme d'une confession différente de la sienne, celle-ci est-elle lapidée, voire assassinée par son père ou par ses frères, comme des exemples récents nous ont été donnés dans la banlieue strasbourgeoise ?
Evidemment ce texte vise les pays musulmans que les actuels maîtres de l'Europe souhaitent faire entrer dans l'Union. Aujourd'hui la Turquie, demain la Tunisie, le Maroc, l'Algérie et pourquoi pas, comme on l'a entendu, la Lybie, l'Iran ou l'Irak rénovée par le génie civilisateur américain ?

- "la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement en public ou en privé"
Cette partie de l'article II-70§1 est sans doute la plus importante en ce qui concerne la question de la laïcité qui nous intéresse ici.
Liberté de manifester sa religion en privé.
Cela n'ajoute rien à ce que nous connaissons en Europe. Une fois encore, il n'y a que pour certains pays islamiques que le problème pourrait se poser mais l'Arabie Saoudite, le Yémen ou le Soudan n'ont pas encore manifesté clairement leur désir d'entrer dans l'Europe confédérale.
Liberté de manifester sa religion en public, collectivement ou individuellement. C'est là où ça se corse… Parce que de toute évidence, cet article pose un problème pour l'application de la laïcité en France au vu des textes qui la régissent et qui l'encadrent et notamment de la dernière loi sur la laïcité à l'école, plus précisément concernant le port de "signes manifestant de façon ostensibles une appartenance religieuse". Car le texte du projet de Traité constitutionnel précise bien "manifester sa religion (…) individuellement ou collectivement (…) en public". Cela veut dire que le texte constitutionnel adopte une conception libérale et souple de la laïcité, telle qu'elle existe aux Etats-Unis, en Grande Bretagne ou aux Pays-Bas. Mais il s'agit d'une conception totalement opposée à celle qui est appliquée en France, voulue et pensée par les républicains français de la fin XIXème et du début XXème siècle et qui a été remise au goût du jour par le législateur national l'année dernière. Si la Constitution est adoptée, les jeunes filles musulmanes et les puissantes associations qui les protègent pourront demander et obtenir de la Cour de Justice des Communautés Européennes ou de la Cour Européenne des Droits de l'Homme que la France abroge un texte législatif contraire à la Constitution européenne. C'est le point central concernant la laïcité dans ce projet et vous voyez qu'il n'est pas négligeable.

- L'article du Traité constitutionnel évoque aussi la liberté totale dans "les pratiques et l'accomplissement des rites".
Cela veut dire que des "pratiques" comme l'excision pourront être constitutionnellement protégées, dans la mesure où elles sont liées à des préceptes plus ou moins religieux. Il est vrai qu'aujourd'hui déjà, les tribunaux français jugent d'une manière tout à fait clémente et mesurée, les cas de barbarie qui leur sont soumis. L'excision est donc de facto déjà tolérée en France.
Qu'en sera-t-il, pour les mêmes raisons, de la lapidation des femmes adultères…
En conclusion de cette première partie, vous pouvez constater avec moi que le texte constitutionnel ne remet pas en cause nos libertés de Catholiques et nos convictions spirituelles et religieuses. J'oserais même dire au contraire ! Par exemple, les instituteurs qui ont interdit la distribution de Saint Nicolas dans la région Lilloise en décembre dernier ou les socialistes avignonnais qui exigeaient lors du dernier Noël que la Municipalité d'Avignon supprime la Crèche installée tous les ans dans le hall de la mairie de la cité des Papes, et bien ces gens pourront être ramenés à une attituide plus mesurée, au besoin devant les tribunaux.
Mais la position de l'Union Européenne concernant les Chrétiens et le passé chrétien de l'Europe est plus pernicieuse. Je vais essayer de vous le démontrer en quelques exemples précis.

II) L'affaire Buttiglione.

Permettez moi de rappeler ici les termes de cette affaire.
En octobre dernier, une commission spécialisée du Parlement européen fut chargée d'entendre les futurs commissaires européens de l'équipe Barroso. Il faut souligner que cette commission parlementaire était présidée par un député européen Français, M. Jean-Louis Bourlanges, membre de l'UDF et proche de François Bayrou. Il fait donc partie de ce que l'on appelle les " démocrates chrétiens ". Je m'attarde là-dessus car ce sont des députés européens qui se disent catholiques qui ont été les plus virulents contre M. Buttiglione, au nom de la haute idée qu'ils se font de la laïcité.
Que reproche-t-on à Rocco Buttiglione ? Voici exactement les propos qui l'ont exclu de la Commission européenne et qui ont déclenché une crise politique au sommet des institutions de l'Union : "Je peux très bien penser que l'homosexualité est un péché mais que cela n'a aucune influence sur le droit. On peut avoir une communauté de citoyens avec des convictions morales différentes". Vous constatez avec moi que les propos de ce candidat à la Commission européenne sont d'une modération exemplaire. Pourquoi a-t-on alors déclenché contre lui une offensive qui a fait la une des media européens pendant plusieurs jours et qui a contraint M. Barroso à présenter au Parlement une nouvelle équipe ?
Dans Reconquête de novembre dernier, Yves Daoudal estime que cet acharnement est essentiellement dû au fait que, selon-lui, "le dogme homophile fait partie du socle de la laïcité". C'est une position qui est intéressante mais s'éloigne de notre sujet.
Je pense pour ma part qu'au-delà de l'homme Buttiglione, avec ses convictions et ses états d'âmes, c'est l'Eglise catholique et les catholiques dans leur ensemble que l'on a voulu viser. Le Cardinal Secrétaire d'Etat Sodano, n°2 du Vatican, ne s'y est pas trompé lorsqu'il a affirmé à, la suite de cette affaire, que les Catholiques étaient" en danger d'être victimes d'isolement et de discrimination". Ce battage orchestré contre un proche de Jean-Paul II est en quelque sorte un avertissement adressé à l'Eglise et aux Catholiques qui se résume à peu près à cela : " ne venez pas vous mêler de nos affaires, restez chez vous, l'Union européenne n'a rien à voir avec votre obscurantisme d'un autre âge. Laissez-nous réaliser nos juteuses affaires en paix. ".
Cela signifie aussi, cela signifie surtout, que si un Catholique veut accéder à un poste clé de l'Union, il faut qu'il laisse son engagement confessionnel au vestiaire et qu'il donne des gages importants au laïcisme militant et institutionnel. Et, encore, ce n'est pas sur qu'on l'accepte. L'affaire Buttiglione nous l'a montré. Cet ultra libéral italien a eu beau mettre de l'eau dans son vin, les européïstes ont eu sa peau.
Vous voyez donc la distorsion qui existe entre le texte du projet de Constitution qui semble moins marqué par l'idéologie et le dogme laïcs que ne l'est, par exemple, la Constitution de la 5ème République.
En réalité, dans les faits, la haine du christianisme est bien réelle.
Le texte n'est pas explicite là-dessus mais les silences et les manques qu'il contient le sont. L'exclusion, à la demande de Jacques Chirac, de toute référence au passé chrétien de l'Europe n'est pas innocente et l'on peut dire qu'elle participe à l'esprit du projet de Constitution.
On veut gommer 2000 ans d'histoire chrétienne de l'Europe. Pourquoi ? Nous le verrons plus loin. Mais à partir de là, il est donc logique que l'on exclut un proche du Pape, Catholique pratiquant, d'une fonction importante de l'Union européenne.
Dans ce domaine comme dans d'autres, je suis de ceux qui pensent que la force de nos adversaires trouve sa source essentielle dans notre faiblesse et notre manque de courage.
Au-delà de la scandaleuse discrimination que pratiquent les instances européennes, la très symbolique exclusion de Monsieur Buttiglione montre la faiblesse dans laquelle se trouve l'Eglise en tant que puissance temporelle et le monde chrétien européen en général.
Face à ce qu'il faut bien appeler un camouflet, quelle a été la réaction de la hiérarchie catholique et des fidèles ? Des communiqués d'une politesse et d'une condescendance toute épiscopale pour les uns, quelques manifestations gentillettes pour les autres. Mais aucune réponse vigoureuse, aucun appel à une protestation exemplaire, à des manifestations de masse pour crier le "non possumus" des Catholiques face à cette dictature de la pensée qui, désormais, se transforme en une dictature pure et simple.
Eh quoi donc ! L'Europe charnelle est composée de 80 à 90 % de Chrétiens, toutes confessions confondues, et l'on pourrait ainsi les ostraciser sans qu'aucune réaction efficace ne soit mise en œuvre ? Ce que l'Eglise catholique a réalisé face au communisme à l'Est et dans le monde, n'est-elle pas capable de le réaliser face à cet autre matérialisme destructeur que représente le mondialisme européïste ? Cela montre à quel point nous en sommes arrivés.
Le problème, à mon avis, c'est que les discours du Pape, que ce soit sur les racines spirituelles de l'Europe que n'a pas intégré le projet de traité constitutionnel ou sur une question comme celle de l'avortement, sont excellents.
Mais dans un cas comme dans l'autre, ces discours et ces rappels à l'ordre ne sont jamais suivis d'effets concrets.
Si le Pape et la hiérarchie catholique demandaient aux fidèles de ne pas voter en faveur de la poursuite du processus d'intégration européenne, de ne plus voter pour les hommes politiques qui se sont faits complices de l'exclusion de M. Buttiglione, et bien ce dernier serait à l'heure actuelle commissaire européen ! Il est vrai que le Pape est quelquefois très ferme mais que le blocage se fait au niveau d'épiscopats nationaux, comme le nôtre qui est purement et simplement à la botte du pouvoir, ne serait-ce que par son mode de désignation qui doit avoir l'agrément du Ministre de l'intérieur. Je crois que c'est Léon Daudet qui disait à propos de la désignation bilatérale des évêques français : " Rome veut un saint, la République veut une crapule. Ils s'entendent sur un imbécile ".
En résumé et pour revenir au sujet, le laïcisme de l'Union européenne comme celui de la République française ne sont forts que de la faiblesse de la Chrétienté !


III) La véritable religion de l'Union Européenne :
le Veau d'Or

Le danger que font peser les institutions européennes sur notre héritage chrétien n'a pas les mêmes origines que le laïcisme que l'on connaît en France depuis la Révolution. La laïcité du Petit Père Combes trouve son fondement dans l'idéologie maçonnique et dans la haine historique que celle-ci porte au catholicisme.
Pour l'Union européenne et pour le mondialisme en général, le rejet des références spirituelles occidentales est, à mon avis, fondé sur des considérations plus matérialistes et plus mercantiles.
Le but des mondialistes est d'abolir les nations, les frontières et toutes les identités enracinées dans le but d'uniformiser les esprits pour les rendre plus perméable au mondialisme, au libéralisme économique, au libéralisme social ainsi qu'au consumérisme globalisé. D'où l'acharnement contre tout ce qui représente la tradition et l'héritage chrétien de l'Europe.
Un de mes collaborateurs, qui est originaire de Nancy, me racontait il y a quelques jours qu'il avait assisté à un colloque sur l'Europe qui se tenait dans la capitale des Ducs de Lorraine. L'intervenant principal était l'Archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine, héritier du trône d'Autriche. L'assistance était composée de sommités locales, nationales et internationales pour la plupart acquises à l'idée d'une Europe mondialiste. Le descendant de l'illustre famille régnante autrichienne, une des plus vieille familles européennes, leur a alors fermement rappelé que son engagement européen était plus lié " à l'Europe des cathédrales qu'à celle des banques et des coffre-forts". Il avait visé juste puisque les premiers rangs de la salle commençaient à s'agiter et au fur et à mesure de son exposé, certains invités quittaient la salle, furieux des propos du prestigieux orateur. L'Europe dont rêve Otto de Habsbourg n'a évidemment rien à voir avec celle des boutiquiers qui n'ont de cesse que de gommer l'histoire et les traditions européennes pour ouvrir notre continent à la déferlante mondialiste, sans histoire et sans racine.
Le préambule de la Constitution nous éclaire sur ce point lorsqu'il stipule " S'inspirant des héritages culturels, religieux et humanistes de l'Europe… ". Les gouvernements, et surtout le gouvernement français, ont refusé catégoriquement de faire figurer l'héritage chrétien de l'Europe dans le texte constitutionnel. Le mot " religieux " contenu dans ce Préambule englobe donc toutes les confessions et notamment la confession musulmane. C'est la condition sine qua non pour valider l'entrée de la Turquie dans l'Union. L'Europe ne doit pas être un " club chrétien " a rappelé M. Erdogan, le Premier ministre turc qui dicte déjà sa loi aux Européens. Jacques Chirac a lui-même déclaré à Philippe de Villiers qui a rapporté le propos présidentiel : " les racines de l'Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ". Comment quelqu'un de sensé peut-il affirmer une telle chose ? Des propos tels que ceux du Président de la République relèvent du délire psychiadélique d'un illuminé. On cherche en quoi l'Europe aurait des racines musulmanes et, autant le dire, on le cherche en vain. Que ce soit dans les Balkans ou en Espagne, les peuples européens qui ont eu à connaître le péril islamique, arabe ou ottoman, n'ont eu de cesse que de le combattre et de le repousser pour le plus grand bien de notre civilisation. Jacques Chirac considère-t-il qu'une occupation étrangère, sanglante et destructrice doit être considérée comme un apport à l'identité d'un pays ou d'un continent ? Est-ce que ce sont les massacres de Chrétiens dans les Balkans et en Arménie par les Turcs, les razzias de femmes sur les rivages de la Corse ou de la Sardaigne, le trafic d'esclaves ou les bagnes de Tunis des Barbaresques qui constituent l'apport musulman à l'histoire européenne ?
Dans Le Figaro du 25 novembre 2002, le Professeur Alain Besançon a rappelé la vérité sur les racines de l'Europe. Je le cite : "L'Europe se définit par une addition cumulative d'expériences historiques. Ce sont dans l'ordre chronologique, l'héritage romain, la conversion à la version romaine et latine du christianisme, les grandes innovations médiévales (hiérarchie féodale, ordres religieux et savants, universités) puis la Renaissance, la Réforme, la Contre-Réforme, puis encore les Lumières (…). Qu'en est-il maintenant de la Turquie ? Elle aussi se constitue par une série de grandes expériences, souvent glorieuses, quelquefois moins. Le fait est qu'elles n'ont rien de commun avec celles de l'Europe. (…) Pendant tout le XVIème siècle et une partie du XVIIIème, la force d'expansion du jeune Empire ottoman fut pour l'Europe occidentale une source d'inquiétude et très souvent de terreur".
Beaucoup de nos compatriotes ne comprennent pas les raisons de cette attitude suicidaire qui consiste à vouloir mettre délibérément sur un pied d'égalité des cultures et des traditions aussi inconciliables. Ils ne comprennent pas pourquoi tant de dirigeants politiques européens souhaitent ardemment faire entrer la Turquie dans l'Union Européenne tout en marginalisant l'héritage chrétien de notre continent.
Le but des mondialistes est d'abolir les nations, les frontières et les identités enracinées, dans le but d'uniformiser les esprits pour les rendre plus perméables à la nouvelle religion mondialiste. Religion mondialiste qui est en fait une religion vieille comme le monde : celle du Veau d'Or. Le nouvel homme ainsi créé travaillera à la plus grande gloire des banquiers et des boutiquiers du mondialisme apatride.
Je ne suis pas un obsédé du conspirationnisme mais il suffit de lire quelques textes pour comprendre que ce scénario digne de Georges Orwell n'est pas une fiction. Voyez plutôt ce qu'a écrit un proche de Jacques Chirac, l'universitaire François Erwald dans une circulaire confidentielle destinée aux cadres de l'UMP : " L'idée de l'Europe, ce qui en fait la grande idée politique du XXIème siècle, est qu'elle offre la possibilité de construire sur la base de l'adhésion, et donc de réciprocité des droits et des devoirs, un ensemble politique affranchi de toutes les formes d'identités raciales, ethniques, religieuses ou civilisationnelles, destiné à constamment s'élargir parce qu'assis sur les principes libéraux qui permettent l'extension d'un marché commun. La grande idée de l'Europe, c'est d'asseoir la communauté politique sur les libertés du marché(…). L'Europe n'a pas d'identité, elle est une promesse ".
Vous avez dans ce texte tout ce qu'il faut savoir et comprendre de l'actuelle construction européenne qui n'a pour but que de gommer les identités et de tout soumettre au but suprême qui est le libre échange, le commerce et la spéculation. C'est la religion du Veau d'or.
"L'Europe n'a pas d'identité, elle est une promesse". Il s'agit ni plus, ni moins que d'un messianisme utopique, aux buts exclusivement matérialistes, au même titre que le communisme et inspiré par les mêmes influences apatrides, ésotériques et kabbalistiques que ce dernier.
En 1999, à l'université de Standford aux Etats-Unis, Condoleeza Rice, l'actuel secrétaire d'Etat (ministre des affaires étrangères) de Georges Bush, faisait un discours expliquant sa vision du monde et rappelant les défis que devait relever ce qu'elle nomme "la race humaine". En résumé, son but est de " construire des démocraties multi-ethniques qui fonctionnent ". Le " qui fonctionnent " est intéressant à relever…
Pour elle, il ne peut y avoir d'avenir que pour les sociétés multiculturelles qui ne seraient pas des juxtapositions de cultures mais une fusion des cultures dans une même société. C'est chaque individu qui doit être multiculturel. C'est, pour elle, l'assurance de la paix dans le monde puisque les cultures et les religions auront fusionné faisant ainsi disparaître, selon elle, les causes de conflits entre elles. D'où le soutien sans faille des dirigeants américains à la construction européenne qui applique à la lettre ces préceptes forgés de longue date dans les cercles mondialistes.
Une fois que l'on a compris cela, on comprend mieux la volonté exprimée dans le projet de traité constitutionnel de mettre sur un pied d'égalité des identités et des religions a priori inconciliables pour, en fait, les faire disparaître dans une sorte de métissage mental et spirituel pour ainsi ouvrir la voie de la religion de l'argent, du commerce mondialiste et de la finance apatride. Rien de nouveau sous le Soleil, puisque des auteurs comme Georges Orwell ou Aldus Huxley avait déjà imaginé cela dans des romans que l'on peut aujourd'hui qualifier de romans d'anticipation.

Je voudrais conclure d'une façon plus politique en insistant sur le fait qu'il est essentiel de bloquer ce processus mondialiste qui veut éradiquer notre histoire, nos identités et notre religion. La Constitution mortifère, sur laquelle nous allons devoir nous prononcer le 29 mai prochain, est la clé qui permettra à la Turquie d'ouvrir la porte de l'Union européenne. Et derrière la Turquie, ce seront les autres pays musulmans du Maghreb, comme certains l'ont déjà évoqué. Vous comprenez donc l'enjeu de civilisation qui est entre nos mains. Cette Constitution, dont le laïcisme n'est qu'un moyen d'atteindre le règne du Veau d'Or, doit être rejetée. Mobilisons-nous, mobilisons tous les hommes de bonne volonté de notre pays pour refuser la négation de l'Europe des Peuples, de l'Europe des Nations, de l'Europe chrétienne!