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Le
jeudi 3 février 2005, le journal Le Monde a publié
une partie d'un interview écrit que lui avait accordé
Jacques BOMPARD .
Afin d'informer les amis de l'Esprit Public, nous reproduisons,
ci-dessous, l'intégralité de cet interview.
Quelle analyse faites-vous sur le Front national
aujourd'hui ?
Notre
mouvement ne va pas bien. Je ne trahis aucun secret en disant
cela. Nous avons moins de militants, moins d'adhérents,
moins de cadres, moins d'élus municipaux et moins d'élus
régionaux qu'il y a dix ans. Notre potentiel électoral
semble rester identique, en revanche, rien ne permet d'espérer
une progression. Au contraire !
Il y a plusieurs raisons à tout cela.
D'abord, la scission de Bruno Mégret. Six ans après,
les pertes militantes n'ont pas été comblées.
Ensuite, et surtout, l'absence de perspectives. Nos électeurs,
nos adhérents, nos militants ont besoin d'espoir et de
victoires. Or, la direction du Front national ne propose plus
rien d'autre que l'élection présidentielle, c'est-à-dire
une bataille que l'on sait forcément, en l'état
actuel des choses, perdue.
Le 21 avril 2002 a été une bonne surprise. Certains
ont voulu y voir une première étape sur le chemin
de la prise du pouvoir. Or, il ne s'agissait que d'un concours
de circonstances. Pour prendre le pouvoir, il faut être
enraciné dans la société, disposer de nombreux
relais syndicaux, associatifs. Le Front national ne les a pas.
Sa direction n'a jamais appuyé les tentatives pour les
créer.
De même, les fédérations ne disposent pas
des moyens financiers nécessaires à un vrai travail.
Quelle
stratégie devrait-il suivre ?
Une
pyramide repose sur une base. Le pouvoir est à la base,
dans les communes. C'est évidemment une perspective qui
nécessite du travail, une recherche de l'efficacité
et non de la provocation, et qui exige du temps. C'est beaucoup
plus difficile que l'illusion d'une victoire au 2ème
tour de la Présidentielle qui nous serait offerte sur
un plateau car le peuple français en "aurait marre"!
La stratégie que je propose est donc de donner la priorité
aux élections locales. Ces combats locaux devront être
menés sur des dossiers locaux, qui peuvent parfois relever
du national, et avec des candidats enracinés, connus
et respectés. Je le dis clairement : je préfère
1 000 conseillers municipaux élus en 2007, même
dans l'opposition, à un candidat présidentiel
éliminé avec 18% des voix. Parmi ces 1 000 élus,
si un travail sérieux est mené, il s'en trouvera
sans nul doute plusieurs dizaines pour être élus
maires à l'élection suivante.
Ce maillage électoral : commune, puis canton, puis région,
est le seul qui puisse nous faire progresser. Cela n'exclut
nullement de participer aux grandes élections mais à
condition de ne pas en attendre autre chose, pour l'instant
qu'une caisse de résonance de nos idées.
Pensez-vous
qu'un congrès s'impose et quand ?
Oui,
je crois qu'un congrès est nécessaire. Lorsqu'il
y a des problèmes, on a toujours intérêt
à les régler tout de suite. Notre mouvement a
assez perdu de temps comme cela.
Mais attention ! Pas n'importe quel congrès. Un congrès
où la parole sera libre et donc libérée,
un congrès où il sera possible de débattre
et de voter à bulletins secrets.
La rénovation du mouvement passe par le libre débat
et pas par l'exclusion de ceux qui ne se mettent pas au garde
à vous.
Faut-il que monsieur Le Pen passe la main à la tête
du Front national ?
C'est une très bonne question à poser au Congrès.
A condition que les délégués aient le droit
de répondre dans le secret des urnes.
A condition aussi que monsieur Le Pen ne fasse rien pour empêcher
d'autres candidatures. A condition aussi que la presse interne
du Front national soit ouverte à toutes les sensibilités.
Ce qui n'est pas le cas actuellement !
Est-il
le meilleur candidat pour la Présidentielle ?
Autre
bonne question à poser au Congrès.
Qui
vous semble le plus apte à présider le Front national
?
Le successeur
de Jean-Marie Le Pen ne devra surtout pas essayer d'imiter Jean-Marie
Le Pen. Dans ses qualités comme dans ses défauts,
l'actuel président est inimitable.
Il faudra que ce soit une personnalité qui inspire confiance
aux militants. Quelqu'un capable de proposer une stratégie
et des objectifs.
Moins qu'un beau discoureur, le nouveau président devra
être capable de mettre le mouvement au travail et surtout
de donner enfin à tous ceux qui veulent travailler les
moyens de le faire. Le Front national doit redevenir le parti
militant qu'il a été dans les années 80.
Qui
pourrait être candidat à la Présidentielle
?
Il faut
d'abord le plus apte à recueillir les 500 signatures
! Cela étant dit, si le nouveau président est
élu avant la Présidentielle, il serait dommage
de le priver de cette tribune pour se faire connaître.
Envisagez-vous,
pour vous, un engagement au niveau national au sein du parti
?
J'ai
déjà, de fait, cet engagement. Même interdit
de Bureau politique encore pour deux mois, je me déplace
beaucoup en France. Je suis invité comme responsable
du Front national ou comme membre de l'Esprit Public. J'avoue
que ce n'est pas facile car de nombreux cadres locaux m'avouent,
en privé, avoir reçu des ordres pour surtout ne
pas m'inviter.
Quels
sont vos projets ?
Outre
ces réunions un peu partout dans le pays, l'Esprit Public
propose cette année deux grands rendez-vous. Les 6 et
7 mai, nous organisons une formation sur le thème "Municipales
2007 : comment gagner ?", ainsi que fin août, une
Université d'Été, en collaboration avec
Bernard Antony, intitulée cette année "Sortons
du Système! ".
Enfin, localement, nous sommes d'ores-et-déjà
en train de préparer des listes dans de nombreuses communes
du Vaucluse où, de toute évidence, nos idées
sont devenues largement majoritaires. |